L’équipe thématique Tiques et Maladies à Tiques (TMT) du CIRDES vient de démontrer le potentiel de l’espèce de tique Rhipicephalus microplus à transmettre l’agent pathogène responsable de la cowdriose (Ehrlichia ruminantium) à des animaux.

Mots clés : Ehrlichia ruminantium; Rhipicephalus microplus; Compétence vectorielle; Transmission verticale vs horizontale ; Cowdriose ; Afrique de l’Ouest

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Résumé 

La cowdriose est une maladie virulente causée par Ehrlichia ruminantium, biologiquement transmise par les tiques aux ruminants. Les espèces de tiques du genre Amblyomma (A. variegatum en Afrique de l’Ouest) sont les vecteurs connus, jusque-là, de cette bactérie (et par ricochet de la maladie). Cependant, en Afrique de l’Ouest, cette bactérie a récemment été signalée comme infectant naturellement la tique invasive du bétail, Rhipicephalus microplus (Rm), par transmission transovarienne des femelles adultes gorgées à leur progéniture. Dans le cadre de la présente étude, une expérimentation basée sur un schéma « mouton-tique-mouton » a été mis en place pour : (i) déterminer si l’alimentation de la progéniture (i.e. larves) de ces tiques sur des moutons naïfs pouvait conduire à une infection et (ii) pour comparer les résultats cliniques résultant de cette transmission avec ceux observés à la suite d’une infection par le vecteur naturel A. variegatum (Av). En utilisant des souches locales de tiques (KIMINI-Rm et KIMINI-Av) et d’E. ruminantium (BK242), nous avons déterminé, par la PCR, la présence d’ADN de la bactérie dans les tiques (larves pour Av et femelles pour Rm) gorgées sur des moutons inoculés avec du sang infecté par BK242. L’ADN bactérien a également été détecté dans les stades suivants du cycle de vie de R. microplus (œufs et larves) et chez les moutons infestés soit par ces larves de R. microplus, soit par des nymphes d’A. variegatum muées à partir de larves gorgées sur des moutons inoculés par du sang. L’infection bactérienne chez ces moutons a été démontrée par la détection d’anticorps contre E. ruminantium à l’aide du MAP1-B ELISA et par l’isolement de la bactérie sur culture cellulaire à partir du sang. Les séquences du gène PCS20 détectées chez les tiques et les moutons étaient identiques à celles de la souche BK242. Nos résultats indiquent que R. microplus peut acquérir et transmettre E. ruminantium au stade suivant. Cependant, cette transmission a entraîné la forme subclinique de la cowdriose alors qu’une forme aigüe de la maladie a été observée chez des moutons infestés par des nymphes A. variegatum infectées, ce qui suggère des différences dans la relation tique/bactérie. Les études futures viseront à reproduire ces résultats avec des tiques de différents isolats et stades de vie afin de déterminer si R. microplus joue un rôle dans l’épidémiologie de la cowdriose en Afrique de l’Ouest. En outre, d’autres travaux permettront de déterminer si les moutons séropositifs à la suite d’une infestation par R. microplus infecté par E. ruminantium sont par la suite protégés contre la cowdriose. Ces données nous permettront de mieux comprendre l’impact possible de R. microplus, en lien avec l’épidémiologie de la cowdriose, dans les régions où il s’est récemment établi et où circule la bactérie et d’autres vecteurs connus.