L’équipe Entomologie et lutte antivectorielle du CIRDES et ses partenaires contribuent à la lutte contre le paludisme grâce à l’amélioration de la santé animale à travers le traitement des bovins à l’ivermectine.

Mots clés : anophèles, paludisme, transmission résiduelle, ivermectine, formulation à action prolongée, bovins, One Health, Burkina Faso.

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Résumé 

Contexte : Les animaux domestiques jouent un rôle dans le maintien de la transmission résiduelle des parasites du paludisme chez l’homme, en offrant des sources alternatives de repas de sang pour la survie des vecteurs de Plasmodium. Cependant, le sang des animaux traités avec des formulations vétérinaires du médicament anti-helminthique qu’est l’ivermectine peut avoir un effet insecticide sur les moustiques adultes vecteurs du paludisme. Cette étude a donc évalué les effets du traitement de bovins avec des formulations injectables à action prolongée d’ivermectine sur la survie d’une espèce majeure de vecteur du paludisme, afin de déterminer le potentiel de cette méthode en tant qu’outil complémentaire de lutte antivectorielle.

Méthodes : Huit bovins de race locale ont été répartis au hasard sur deux bras de traitement. Le premier bras est constitué de 2X2 bovins injectés avec l’une des deux formulations à action prolongée d’ivermectine avec la technologie BEPO® à la dose thérapeutique de 1,2 mg/kg). Le deuxième bras ou bras témoins comprend 2X2 bovins injectés avec l’adjuvant des formulations. La létalité des formulations a été évaluée sur des moustiques Anopheles coluzzii âgés de 3 à 5 jours par des tests d’alimentation directe sur la peux des bovins, d’un à 210 jours après les traitements. L’efficacité de chaque formulation a été évaluée et comparée à l’aide de modèles de survie à risques proportionnels de Cox, d’estimations de survie de Kaplan-Meier et d’une régression log-logistique sur les mortalités cumulées.

Résultats : Les deux formulations ont libéré des concentrations anti-moustiques d’ivermectine jusqu’à 210 jours après le traitement (Hazard ratios > 1). Les traitements ont considérablement réduit la survie des moustiques, avec des temps de survie médians moyens de 4 à 5 jours après l’alimentation. Les concentrations létales pour tuer 50 % des anophèles (LC50) avant qu’ils ne deviennent infectieux (10 jours après un repas de sang infectieux) ont été atteintes jusqu’à 210 jours après l’injection pour les deux formulations.

Conclusion : Cette formulation de longue durée d’ivermectine injectée au bétail pourrait compléter les moustiquaires imprégnées d’insecticide en supprimant les populations de terrain de moustiques zoophages qui sont responsables, au moins en partie, de la transmission résiduelle du paludisme. L’impact de cette approche dépendra bien entendu du contexte épidémiologique de terrain. Des études complémentaires seront nécessaires pour caractériser les temps d’attente de l’ivermectine et la toxicité environnementale potentielle.